« The Friendly Island », marquée par des occupations européennes multiples et un partage franco-néerlandais légendaire, conserve un contraste culturel et touristique saisissant entre le Nord français plus créole et authentique et le Sud néerlandais un brin plus tape à l’œil.
Deux versants. Deux reliefs. Deux cultures. Une même histoire. Dès la sortie de l’Aéroport international Princess Juliana, des panoramas façonnés par la genèse insulaire et les humains se disputent le regard, différents mais loin d’être antagonistes. En roulant vers le Nord, à travers un relief plus accidenté et montagneux, le charme caribéen des cases créoles nichées dans les collines frappe au premier coup d’œil, comme une invitation douce à la sérénité. Vers le Sud, où le relief est plus plat et côtier, avec plaines alluvionnaires, plateaux calcaires, lagunes et cordons sableux étroits, l’ambiance s’électrise, l’urbanisation y est plus dense et spectaculaire, notamment autour de Maho Beach ou à Philippsburg. Casinos rutilants, hôtels géants et boutiques duty-free illuminent certaines rues avec des airs de Las Vegas. Comment un si petit territoire, à peine plus grand qu’un mouchoir de poche, peut-il offrir un tel contraste ? La réponse se lit dans son histoire.
SAINT-MARTIN : DES PEUPLES AMÉRINDIENS AUX EMPIRES COLONIAUX
Le passé de cette île est remarquable de coups du destin et de retournements de situation. Si aujourd’hui les Néerlandais et les Français cohabitent dans une harmonie inattendue, l’île n’a pas toujours été aussi tranquille et paisible. « Initialement habitée par des peuples amérindiens dont les Arawaks (Taïnos) dès vers l’an 800 av. J.-C., qui pratiquaient cueillette, chasse et pêche, elle fut ensuite le fief des Caraïbes, plus belliqueux, au XIVe siècle » explique Roméo Piper, originaire de Saint-Martin. Des sites archéologiques, comme celui de la Pointe du Canonnier dans Terres Basses, témoignent de villages précolombiens prospères remontant à 2000 ans av. J.-C. L’arrivée des Européens, avec pour bagages diverses maladies et l’esclavage dès les premiers contacts, mais aussi des guerres fratricides décimèrent en quelques décennies ces populations autochtones.
La suite relève d’un récit fascinant et singulier. Saint-Martin (ou Sint Maarten en fonction du versant où l’on se trouve) tire son histoire coloniale d’une série de rivalités européennes attirés par ses ressources naturelles et sa position stratégique. « Bien que découverte le 11 novembre 1493 par Christophe Colomb, lors de son deuxième voyage dans les Antilles, le jour de la fête de Saint Martin de Tours, d’où son nom, son exploration ne commence réellement qu’en 1620 par les Néerlandais » souligne Roméo. Après avoir repéré des dépôts naturels de sel lors de reconnaissances navales, ils décident de l’exploiter, n’en laissant que quelques miettes aux français, arrivés en 1635 pour cultiver le tabac.
UNE ÎLE, DEUX ÂMES : L’HÉRITAGE VIVANT DE SAINT-MARTIN
Les Espagnols, ayant voulu chasser les Néerlandais et les Français, font finalement volte face quelques années plus tard, jugeant l’île peu intéressante et surtout peu rentable. Ils l’abandonnent définitivement en 1648 avec le Traité de Münster. Les Néerlandais et les Français, quant à eux, se partagent l’île avec le Traité de Concordia de 1648. « La légende raconte qu’après le retrait des Espagnols en 1648, un Français et un Néerlandais, partis du même point dans des directions opposées (l’un vers le nord, l’autre vers le sud), ont parcouru l’île à pied. La frontière aurait été tracée là où ils se sont rencontrés, aboutissant à une partie française plus grande (54 km²) que la néerlandaise (32 km²), après avoir trinqué pour sceller l’accord. Certaines mauvaises langues affirment que le Français aurait gagné grâce à l’ingestion de vin, tandis que le Néerlandais aurait bu du rhum qui l’aurait rendu ivre plus rapidement et plus lent. D’autres disent que le Français aurait triché et coupé le parcourt transversalement » détaille-t-il avec humour. Mais aucune rancune ne persiste aujourd’hui. Bien au contraire.
L’île aurait aussi pu être anglaise. Elle a d’ailleurs gardé, de ses différentes périodes d’occupations anglaises (1672-1679, 1740-1748, 1810-1815), la langue anglophone du côté néerlandais, parlée également bien (trop) souvent du côté français. Les échanges avec les îles voisines anglophones, la communication avec les forces alliées durant la Seconde Guerre mondiale et l’explosion du tourisme états-unien depuis les années 1950-1960, notamment côté Néerlandais, ont renforcé l’usage de cette langue et une certaine « dénaturation » de cette partie de l’île – qui cultive un art de vivre un tantinet bling-bling alignant hôtels de grandes chaînes luxueuses, restaurants étincelants, boutiques de bijoux et casinos, marinas huppées -, tandis que la partie française garde, quant à elle, toute son authenticité. Enrichie de 130 nationalités à l’année, Saint-Martin est aussi bien multiculturelle que multilingue. L’anglais saint-martinois (créolisé) unifie l’île comme lingua franca, avec un patois local unique mêlant accents et vocabulaire hybride.
ALLER À SAINT-MARTIN
Pour rejoindre Saint-Martin par avion depuis Paris, optez pour des vols directs vers l’aéroport Princess Juliana (SXM), le principal hub de l’île. Air France propose jusqu’à 14 vols hebdomadaires directs depuis Paris-Charles de Gaulle (CDG) vers Saint-Martin (SXM) pendant la haute saison hivernale (décembre à mars), opérés en Airbus A330-200. Air Caraïbes a inauguré le 12 décembre 2025 son premier vol direct depuis Paris-Orly (ORY) vers Saint-Martin, avec une fréquence de 3 vols par semaine (mardis, jeudis, dimanches) en saison hivernale.




