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Depuis 1885, le papier d’Arménie est fabriqué près de Paris, à Montrouge. Alliance de secrets de fabrication et d’alchimie, la formule et les gestes inchangés depuis le début lui assurent un succès jamais démenti. Une fabuleuse saga familiale.

Véritable madeleine de Proust pour ceux qui, lorsqu’ils étaient enfants, ont baigné dans son odeur particulière, depuis plus de 130 ans le papier d’Arménie fait rêver et transporte dans des contrées lointaines les quelques secondes que dure sa combustion et sa persistance dans l’atmosphère. Malgré les apparences, ce petit bout si exotique est fabriqué en France depuis sa création en 1885.
L’usine qui le façonne, d’abord installée à Paris jusqu’à un incendie ravageur, a été déplacée en 1913 à Montrouge dans la maison de campagne de l’un des fondateurs. Dans cette ville du sud parisien, à l’approche de la rue Morel, des effluves orientaux vanillées et balsamiques flottant dans l’air indique que c’est le bon endroit. Plus que quelques mètres et le papier d’Arménie n’aura plus de secret, enfin presque…

Une feuille permet d’obtenir cinq carnets de papier d’Arménie.

LES MÊMES MÉTHODES DE FABRICATION DEPUIS LA CRÉATION DE L’ENTREPRISE

Le papier d’Arménie est né en 1885 dans la rue d’Enghien à Paris. Suite à un voyage en Arménie où il découvre que le benjoin est employé en fumigation pour assainir l’air des habitations, Auguste Ponsot, pharmacien, décide avec son associé Henri Rivier, de l’utiliser pour créer un produit innovant. Ensemble, ils mettent au point le fameux papier dont le succès ne s’est jamais démenti. Aujourd’hui, l’entreprise, qui est dirigée par Mireille Schvartz, l’arrière-petite fille d’Henri Rivier, vend près de 2,5 millions de carnets par an à travers le monde notamment en Europe et de manière plus confidentielle au Japon, aux Etats-Unis, en Amérique du Sud et en Afrique. Depuis les origines, les mêmes méthodes et les mêmes gestes sont appliqués à sa fabrication. Certaines étapes ont été mécanisées mais d’autres restent immuables, réalisées à la main. Pour faire un carnet de papier d’Arménie, il faut 6 mois. De longs mois durant lesquels le papier va maturer et subir des transformations jusqu’au petit carnet jaune et vert. Un long processus qui en fait un produit de luxe que certains ont pu essayer d’imiter sans jamais l’égaler.

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Mireille Schvartz, l’arrière-petite fille d’Henri Rivier, dirige l’entreprise.

UN PAPIER BUVARD AUX PROPRIÉTÉS PARTICULIÈRES

Le papier utilisé est acheté en Suède, chez un fabricant pratiquant l’éco reforestation et assurant la qualité. Ici, pas de papier recyclé et uniquement de la fibre naturelle ! Le papier est ensuite imprimé en France avec une encre très spécifique de qualité alimentaire. Ainsi imprimé et coupé, il arrive à la fabrique. Sa transmutation peut commencer. Il subit un premier bain d’eau tiède et salée. Cette étape le prépare à la combustion. Il est ensuite placé sur des claies métalliques sur lesquelles il va sécher durant trois ou quatre jours. Puis, les feuilles sont séparées à la main avec une délicatesse infinie, tant elles sont fragiles. Elles sont ensuite mises sur palettes en attendant le grand plongeon dans leur solution d’eau parfumée.
Elles y restent 20 minutes afin d’être saturées de parfum puis elles sont égouttées à la main et enfin mises à sécher dans des fours dont la température avoisine les 60 degrés. Lors de cette étape, le solvant s’évapore tandis que la résine va rester fixée sur la fibre du papier. Les feuilles sont ensuite stockées 3 à 4 semaines à la cave avant d’être équerrées, pressées, perforées puis constituées en carnet.

papier-darmenie-made-in-france-copyright-maeva-destombes-_MG_0501Les feuilles sont plongées durant 20 minutes dans une lotion parfumée.

UN PROCESSUS DE FABRICATION LONG ET CONTRAIGNANT

Le traditionnel papier d’Arménie est agrafé alors que les parfumées bénéficient d’un dos carré collé. Cette différence de traitement réside dans le fait que lorsque les parfumés étaient agrafés, un transfert des huiles essentielles s’effectuaient par les agrafes sur la couverture provoquant des taches inesthétiques. Il a donc fallu remédier au problème et trouver une technologie alternative dans un souci de qualité.
Depuis 2009, il existe trois parfums de papier d’Arménie dont deux réalisés avec Francis Kurkdjian.
Les carnets sont ensuite massicotés à la main puis stockés durant 2 mois avant d’être mis à la vente. Une moyenne de 16000 carnets sortent des ateliers chaque jour mais ce chiffre dépend fortement de l’hygrométrie. Plus le temps est sec, plus le papier reste plat facilitant ainsi le travail des équipes qui peut jusqu’à tripler sa productivité. À contrario, si le temps est humide, le papier se gondole et doit être contraint. Passant d’un étage à un autre pour les différentes phases de fabrication, le papier travaille beaucoup et subit de nombreuses variations de température. Papier d’Arménie, une petite entreprise familiale qui ne connait pas la crise finalement grâce à un secret de fabrication étonnant : la passion qui unit une équipe soudée vers un objectif commun prônant la qualité…

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Le benjoin est l’un des composants principaux du papier d’Arménie.

LA COMPOSITION DES BAINS PARFUMÉS

L’alchimie du papier d’Arménie est le résultat de plusieurs facteurs. Sa colonne vertébrale est le Benjoin, plus exactement une solution contenant 98% de Benjoin. Résine d’un arbre provenant du Laos, l’aliboufier, ses larmes de différentes tailles qui arrivent à la fabrique sont mises à dissoudre dans différents solvants durant plusieurs mois. Les grosses larmes sont utilisées pour leur forte teneur en vanilline tandis que les petites brisures sont plus saturées d’acide benzoïque. Les solutions très visqueuses sont ensuite assemblées et parfumées, enfin prêtes pour le traitement des feuilles.

Copyright des photos : Maeva Destombes

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Le traitement du papier commence par une immersion dans un bain tiède d’eau salée.papier-darmenie-made-in-france-copyright-maeva-destombes-_MG_0423

Après leur bain salé, les feuilles sont mises à sécher sur des claies métalliques.

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Les grosses brisures de benjoin possèdent une forte teneur en vanilline.

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Après macération du benjoin dans des solvants, on obtient une solution presque prête à l’emploi.papier-darmenie-made-in-france-copyright-maeva-destombes-_MG_0453
Benjoin, myrrhe ou opoponax font partis de la formule gardée secrète.

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La fabrique possède aujourd’hui une trentaine de cuves en inox dans le labo. Autrefois, au nombre de quatre, elles étaient en cuivre et en laiton.

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Le papier reste une vingtaine de minutes dans le bain parfumé afin d’être chargé en parfum.

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Après leur bain parfumé, les feuilles sont égouttées à la main.

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Pour éviter de trop grosses pertes de matières premières, la solution parfumée est récupérée.

papier-darmenie-made-in-france-copyright-maeva-destombes-_MG_0411Une fois essorées, les feuilles sont mises à sécher, une à une, dans un four.

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L’entreprise compte 8 fours. Chaque parfum est traité séparément. 

papier-darmenie-made-in-france-copyright-maeva-destombes-_MG_0414Les fours sèchent le papier durant 20 minutes afin de faire évaporer les solvants. 

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Les feuilles séchées sont ensuite rassemblées et stockées à la cave durant 3 à 4 semaines.papier-darmenie-made-in-france-copyright-maeva-destombes-_MG_0462 Des intercalaires de couleurs permettent de compter les feuilles plus rapidement.

papier-darmenie-made-in-france-copyright-maeva-destombes-_MG_0518Avant d’être perforées, les feuilles sont pressées à plus de 100 bars pour les contraindre.

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Elles sont ensuite placées dans une machine à façonnage, à l’origine une typo offset de 1963, restaurée par une petite société toulousaine.

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Les carnets parfumés sont assemblés avec un dos carré collé.

papier-darmenie-made-in-france-copyright-maeva-destombes-_MG_0569Les carnets traditionnels sont agrafés tandis que les parfumés vont être assemblés avec un dos carré collé.

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Dans le bureau administratif, de vrais petits trésors se côtoient sur les étagères : carnets et vieilles potions…

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Depuis sa création, la fabrique a produit de nombreux carnets parfumés : papier d’Orient, papier d’Algérie, papier d’Arabie, Encens du Pèlerin…

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Le papier d’Arménie a été primé à l’exposition universelle de 1889. D’abord vanté comme purificateur d’air, il est désormais utilisé pour parfumer l’air. On lui prête également des vertus anti-mites…

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Pour faire brûler au papier il faut le plier en accordéon, l’allumer et éteindre immédiatement la flamme. On le pose ensuite sur un support et on ventile les pièces après utilisation.

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L’équipe presque au grand complet. L’entreprise compte 12 employés dont la plupart avaient déjà leur parents ou gran-parents y travaillant. Une histoire vraiment familiale…