Jusqu’au 5 avril 2026, le Grand Palais accueille Mickalene Thomas : All About Love, une rétrospective qui transforme la Galerie 7 en un espace presque sacré, où l’amour, la beauté noire et la résistance féministe se réinventent côte à côte.
UN THÈME D’AMOUR, DE RÉSILIENCE ET DE RÉAPPROPRIATION
Co-organisée avec la Hayward Gallery de Londres et Les Abattoirs de Toulouse, l’exposition du Grand Palais plonge dans l’univers de l’artiste américaine, où peinture, collage, photographie, vidéo et installation se mêlent pour réécrire le portrait féminin, à travers un prisme queer, noir et féministe, à la fois flamboyant et politique.
Le titre All About Love s’inspire directement du livre de bell hooks, All About Love: New Visions (1999), qui pose l’amour comme une force de transformation personnelle et collective. À travers l’exposition, l’amour devient un fil rouge politique, un espace de réparation, de joie, de visibilité, et contre-récit face à l’effacement historique des femmes noires dans l’art occidental. Mickalene Thomas y met en scène des corps assumés, des regards frontaliers et des compositions luxuriantes, où le strass, les textiles vintage et les poses canoniques deviennent autant de gestes de réappropriation.
Elle revisite des toiles majeures comme Le Déjeuner sur l’herbe de Manet ou La Grande Odalisque d’Ingres, en plaçant des femmes noires au centre de la scène, dépouillant l’histoire de l’art de son regard hétérosexuel masculin et eurocentrique. À travers ces réinterprétations, l’exposition montre une manière de « faire l’amour à l’histoire de l’art » : la réécrire, la contester, la réhabiliter, en mettant les femmes noires non plus en marge, mais au cœur de la narration.
MICKALENE THOMAS : UNE ARTISTE QUI RÉINVENTE LE PORTRAIT
Née en 1971 au New Jersey, Mickalene Thomas s’impose comme une figure majeure de l’art contemporain américain, reconnue pour ses portraits monumentaux sertis de strass, de paillettes et de couleurs vives. Son travail oscille entre figuration, iconographie populaire et critique sociale, explorant l’identité, l’origine ethnique, le genre et la beauté à travers des compositions à la fois glamours et politiquement engagées.
Au‑delà de la peinture, elle déploie une pratique vastes, mêlant photo, vidéo, installation et scénographie, pour faire de l’exposition elle-même un espace de représentation redéfinie. En invitant femmes noires noires à occuper des lieux jusque-là refusés, à la fois historiques et symboliques, Mickalene Thomas réinvente le portrait comme acte de résilience, de célébration et d’affirmation de soi.
UNE SCÉNOGRAPHIE SOIGNÉE ENTRE INTIMITÉ ET MESSAGES POLITIQUE
Dans une ambiance presque dénuée de lumière, la première salle pose le ton de l’exposition. L’œuvre Clarivel Face Forward Gazing (2024), grand portrait incrusté de strass où la muse fait face au spectateur avec assurance, et la vidéo Screen Test, imposent un regard frontal. Cette introduction insiste sur la manière dont Thomas puise dans sa sphère intime – amies, amantes, modèle en studio – pour construire une iconographie nouvelle des femmes noires.
La salle « Déesses noires » transforme visages, tenues et décors en déclarations de puissance, le corps noir quasi divinisé par paillettes et strass, signature de l’artiste. La section photographique, où apparaît Sandra: She’s a Beauty ou encore Portrait of Sidra Sitting, une photographie de la productrice de film Sidra Smith, mêle références aux photographies de Seydou Keïta ou Malick Sidibé, esthétique « super‑fly » des années 1970 et scènes familiales.
Dans la salle « Icônes », Thomas élève des figures noires du cinéma, de la musique et de la mode au rang de symboles, souvent imprimées sur miroir, tandis que Angelitos Negros insiste sur la mémoire et la célébration de héroïnes qui ont brisé les plafonds de verre des industries culturelles.
La salle « Odalisque » réinterprète des codes de l’histoire de l’art pour que les femmes noires s’abandonnent dans des compositions luxuriantes, sans être objet de voyeurisme, où le nu devient un acte politique. La section « Mémoire domestique » installe des salons reconstitués de ses années d’enfance, autour de Lounging, Standing, Looking et de moulages en bronze, pour montrer comment le salon devient un lieu de résistance culturelle et de transmission intergénérationnelle.
La salle « Les Lutteuses », avec la série Brawlin Spitfire Wrestlers, réinterprète le corps féminin en lutte pour questionner la représentation de la femme noire comme agressive ou hyper‑sexualisée.
La salle « Avec Monet » dialogue avec l’impressionnisme français, où Le Déjeuner sur l’herbe : les Trois Femmes Noires avec Monet et Me As Muse transposent paysages de Giverny et scènes de pique‑nique en collages de lumières, motifs textiles et strass, inscrivant un regard noir, queer et désirant sur cette œuvre d’anthologie.
En mezzanine, la salle « Résiste » concentre des œuvres comme Power to the People (Resist #12) et Say Their Names (Resist #6), où le collage mobilise des images de manifestations et de Black Lives Matter pour transformer la mémoire collective en récit de résistance à la violence raciste. Les salles de collage explorent des archives de Jet et Nus Exotiques, où l’artiste réapproprie des images de pin‑up et de mode.
Enfin, la salle « Je » clôt le parcours avec la vidéo Je et la série Hair Portrait #15, où Thomas se met elle‑même en scène, à la fois sujet, modèle et spectateur, dans une réflexion intimiste sur l’amour de soi et la complexité de l’identité.
Ainsi, All About Love au Grand Palais se lit comme une déclaration d’amour politique, esthétique et queer, où Mickalene Thomas s’approprie tous les médiums des arts plastiques pour offrir aux femmes noires un espace d’habitation, de reconnaissance et de célébration. Une exposition qui ne laisse personne indifférent !
Grand Palais, Galerie 7, Entrée square Jean Perrin, 17 Avenue du Général Eisenhower 75008 Paris. Métro ligne 1 et 13 : Champs Elysées-Clemenceau ou ligne 9 : Franklin D. Roosevelt.

Clarivel Face Forward Gazing (2024). Techniques : strass, peinture acrylique et huile sur toile montée sur panneau de bois.
















