Du 21 au 24 mai 2026, le Grand Palais a vibré au son des pianos de cuisine et des casseroles pour devenir le temps d’un week-end prolongé un gigantesque restaurant éphémère où le grand public a pu (re)découvrir la « cuisine des chefs ».

Chaque année, depuis 2015, avec une interruption en 2020 et 2024 pour cause de covid et de Jeux Olympiques, Taste of Paris, ce festival d’un genre particulier, attire quelques 30000 fins gourmets, réunit les amateurs de bonne chair et les chefs déjà starisés ou émergents. Au programme, masterclasses et démonstrations de cuisine, animations immersives…
Le vendredi, sur le Théâtre Laurent Perrier, la masterclasse du matin avait des allures de dolce vita. Le chef italien Gabriele Ravasio, qui officie au restaurant Gordon Ramsay au Trianon, a réalisé une démonstration de cuisine, en partenariat avec Italian Trade Agency et les fromages italiens.
Ce cuisinier lombard puise dans ses origines italiennes tout en y mêlant les influences glanées au fil de ses voyages, de l’Asie à l’Amérique du Sud, en passant par Londres. Sa signature culinaire repose sur un jeu subtil entre inventivité, finesse et harmonie, chaque création étant pensée comme un récit à part entière.

 

Gabriele Ravasio et les différentes étapes de son plat d’asperges vertes, crème de jaune d’œuf, espuma de Grana Padano AOP, truffe estivale.

Au Gordon Ramsay du Trianon, il s’amuse à bousculer les grands classiques avec une certaine liberté. Il travaille des produits à la fois digestes et nutritifs, qu’il met en valeur grâce à ses propres huiles parfumées et des associations de goûts marquées. Très attaché à la qualité des matières premières, il privilégie les circuits courts et s’inscrit dans une logique anti-gaspillage, en collaboration avec des producteurs d’exception. Dans ses assiettes, des produits nobles comme la truffe blanche, le caviar d’Aquitaine ou un balsamique vieilli côtoient des ingrédients plus discrets, pour des compositions aussi élégantes qu’inattendues. Le chef avait choisi de réaliser une recette de son enfance mettant en valeur des asperges vertes rehaussées d’une crème de jaune d’œuf, d’une espuma de Grana Padano AOP, saupoudrées d’une truffe estivale. S’il n’a utilisé qu’un fromage lors de cette démonstration, il n’a pas manqué d’expliquer à un public attentionné qu’une cinquantaine de fromages italiens portent une AOP. La France n’en comptant officiellement que quarante six.

Brioche perdue aux morilles par Stéphanie Le Quellec ; Conserve minute de Poulpe à l’Américaine Edition limitée et brochette de cochon Feuilleton et sa purée Tradition par Paul Pairet.

PLATS SIGNATURES ET GRANDS CLASSIQUES REVISITÉS

Côté chefs, Stéphanie Le Quellec, pilier du festival Taste of Paris depuis les premières éditions, a imaginé un menu inédit inspiré de La Scène, Vive et de son épicerie-traiteur Mam, où figurait notamment une brioche perdue aux morilles. Chef de renommée internationale, Paul Pairet a participé pour la première fois à Taste of Paris avec Nonos, son restaurant installé à l’Hôtel de Crillon. Au programme, une originale conserve minute de poulpe à l’Américaine, un avocat « Cantine » agrémentée d’une délicieuse sauce moutarde-soja et son plat signature constituée d’une brochette de cochon « feuilleton », autrement dit coupé en fines lamelles ou « en feuillets », grillée et servie avec une purée très beurrée façon cuisine bistronomique. Une recette dans laquelle Paul Pairet dépoussière un plat braisé un brin bourgeois pour en livrer une version populaire et festive.
Thierry Marx, aux côtés de Ricardo Silva, a servi plusieurs plats signatures d’Onor ainsi que quelques classiques de son Bouillon du Coq à Saint-Ouen, qui revisite l’esprit des grandes tables populaires avec Thierry Martin. La pâtisserie a été à l’honneur avec Nina Métayer, deux fois sacrée meilleure cheffe pâtissière au monde et que l’on avait suivi l’année dernière sur le stand d’Air France et lors d’une masterclasse avec l’AOP Beurre Charentes-Poitou, a fait dégusté ses nouvelles créations pour Délicatisserie. Pour sa première venue à Taste of Paris, Pierre Marcolini, le chocolatier Belge a décliné sa collection « Le Goût des Capitales », une série de desserts entre Paris, Bruxelles et Tokyo, tandis qu’Aurélien Cohen a dévoilé les créations iconiques et virales de sa pâtisserie éponyme.

Homard breton, tomates, basilic, sauce homardine, balsamique centenaire Maison Giusti par Gabriele Ravasio ; Christian Le Squer et Mauro Colagreco.

TASTE OF PARIS : LA RELÈVE GASTRONOMIQUE EN PREMIÈRE LIGNE

Si certains visiteurs ont regretté l’absence de quelques grandes figures habituelles, ou leur présence trop éphémère, à l’instar de Christophe Raoux qui n’était présent que le samedi, une nouvelle vague de chefs a pris le relais et s’est imposée. Finaliste très en vue de Top Chef 2024, Clotaire Poirier a joué les francs-tireurs avec une série de recettes conçues spécialement pour l’événement. Wilfried Romain, lui, a prolongé l’univers de Lava avec une cuisine toujours travaillée autour du feu et de ses voyages. Autre visage fort de cette édition, Thibaut Spiwack a défendu une approche très engagée, fidèle à sa vision d’une gastronomie responsable, au cœur de l’identité de festival Taste of Paris depuis ses origines. Pierre et Cristina Chomet ont, de leur côté, mis en lumière l’esprit d’Ambos et de Tina à travers quelques plats « signature », tandis que Philippine Jaillet et Charles Neyers ont prolongé, avec Le Boréal, leur cuisine à quatre mains. Enfin, côté sucré, Tal Spiegel a créé la surprise avec les desserts ultra graphiques d’Abra, sa jeune adresse du Marais, très pensée pour l’œil comme pour le palais. Le Presse-Agrumes, un délicieux entremet au confit de citron vanille, crème citron, meringue italienne et décor de chocolat yuzu, et le Petitbeurramisu, qui comme son nom l’indique, était un tiramisu revisité avec une délicieuse mousse petit-beurre, petit-beurre maison imbibé cacao, crème mascarpone café et croustillant petit-beurre, ont été très appréciés par le public qui au su autant se délecter visuellement que gustativement de ses desserts.


Presse-agrumes : Pâte sucrée, confit citron vanille, crème citron, meringue italienne, décor chocolat yuzu.

Mousse Petit-Beurre, Petit-Beurre maison imbibé cacao, crème mascarpone café, croustillant Petit-Beurre par tal Spiegel ; Sablé breton, crème citron yuzu, glace vanille, meringue italienne et Éclair chocolat noisette croustillant par Christophe Adam pour L’Eclair de Génie.

GOÛTS DU MONDE, RACINES EN PARTAGE, PARIS EN ESCALE

À Taste of Paris, la cuisine se vit comme un passeport et joue pleinement cette carte du voyage en réunissant des chefs qui font vibrer la scène parisienne tout en revendiquant leurs racines.
Denny Imbroisi, figure italienne incontournable, était là avec l’équipe d’IDA et une carte repensée autour de son tout premier restaurant. Son carpaccio de bœuf mariné à l’huile d’olive d’Ischia, agrémenté de Grana Padano AOP rapé et d’oignons rouges de Tropea en pickles, généreux à l’image du chef, était tout simplement divin.
Assaf Granit, un chef israélien, a mis en avant la cuisine végétarienne de Tekés.

Thon rouge mariné, condiment riquette et épices dukkah, ravioles au poulpe cuisinées au jus de couscous, hawawshi au bœuf, agneau et halloumi avec sauce tahina, des recettes signées par Omar Dhiab.

Omar Dhiab a signé son retour avec Elbi, nouvelle adresse aux accents égyptiens et tunisiens, ses origines, où il revisite les goûts de l’enfance dans une réécriture contemporaine des saveurs méditerranéennes. Il proposait trois recettes : un thon rouge mariné et accompagné d’un condiment riquette et épices dukkah ; un hawawshi qui consiste en un pain traditionnel égyptien garni de bœuf, d’agneau et halloumi avec une sauce tahina ; des ravioles au poulpe cuisinées au jus de couscous.
Autour des parfums du Sud, Mohamed Cheikh a élaboré une sélection de plats issus de ses restaurants Meïda, Meatpack Steakhouse et Chik’Chill. Cap enfin sur l’Amérique du Sud avec Esteban Salazar et Finka, sa jeune table qui fait son entrée au festival avec une cuisine ensoleillée et dépaysante. Le public a pu découvrir ses arepas de maïs garnies de tartare de wagyu, d’hogao et de condiment d’ail roti.

Omar Dhiab, Gael Radigon de la Maison Vérot et le pâté en croûte Vice Champion du monde au foie gras, asperges, volaille jaune et cochon du Perche.

DES FOURNEAUX SOLIDAIRES AUX GARDIENS DU SAVOIR-FAIRE

Depuis 2019, Taste of Paris accueille une résidence collégiale en partenariat avec Les Halles Metro et l’association Tout le monde contre le cancer, à qui sont reversés l’intégralité des bénéfices pour offrir des moments de joie aux enfants hospitalisés. Cette année, Alan Geaam, Yoni Saada et Simone Zanoni se sont relayés derrière les fourneaux aux côtés de l’association.
Autre pilier du festival, Ferrandi Paris a mis ses étudiants au cœur de l’événement, en renfort dans les brigades et au service des espaces réceptifs, tandis que les chefs MOF Marc Alès et Christophe Haton sont venus partager leur expertise. La maison charcutière Maison Vérot, portée par Gilles et Nicolas Vérot avec Gaël Radigon, a parfaitement illustré la transmission d’un savoir-faire parisien entre tradition et modernité avec son pâté en croûte au foie gras, asperges, volaille jaune et cochon du Perche avec lequel la maison a acquis son titre de Vice Champion du Monde en 2011. Une recette, servie avec un pickles de graines de moutarde, révélant un équilibre parfait entre le foie gras de canard et de belles volailles, liés par du cochon, le tout dans une pâte brisée au blé, avec crème, œufs, beurre, gelée et épices.

Ankur Chakraborty et ses recettes : cuisses de poulet grillées au tandoor, sauce butter chicken signature, riz pilaf parfumé au cumin ; boulettes de lentilles blanches, raita, croustillant de feuille de shiso, chutneys maison.

GRANDES MAISONS ET RÉSIDENCES GOURMANDES SOUS LA NEF

Pour la première fois, les Galeries Lafayette Le Gourmet ont investit la Nef du Grand Palais et mis en lumière les talents qui font vivre quotidiennement ce grand magasin. Christophe Adam (L’Éclair de Génie), Ankur Chakraborty (The Crossing), Philippe Conticini, François Daubinet, la Maison Mavrommatis et Yoni Saada (Bagnard) ont répondu présents pour représenter cette enseigne.
Ankur Chakraborty, chef indien, avait cuisiné du blanc de cuisses de poulet grillées au tandoor nappées d’une sauce butter chicken signature, d’un riz pilaf parfumé au cumin. Si ce plat était assez classique, son crossing Chaat Bowl était quant à lui beaucoup plus étonnant. Sur des boulettes de lentilles blanches et d’un raita était posé un croustillant de feuille de shiso garni d’une sélection de chutneys maison. Un plat à tomber !
Enfin, Laurent-Perrier, partenaire historique de Taste of Paris, a fait rayonner dans la Nef du Grand Palais un art du champagne pensé pour la table, autour d’accords mets-champagne précis et élégants. Quinze chefs, des étoilés aux jeunes talents ouverts sur le monde, ont signé cette résidence gourmande : Juan Arbelaez, Étienne Berg, Pierre Sang Boyer (et son incontournable Bibimbap de saison agrémenté de caviar français), Enrique Casarrubias & Montserrat Estrada, Mauro Colagreco, Irwin Durand, Alan Geaam & Marco Sergiampietri, Guillaume Goupil, Philippe Mille, Christophe Raoux, Michel Roth, Camille Saint-M’Leux et Christian Le Squer.

Bibimbap de saison au caviar français par Maison Pierre Sang ; Arepa de maïs, tartare de wagyu d’origine, hogao, condiment ail rôti d’Esteban Salazar ; Carpaccio de bœuf mariné à l’huile d’olive d’Ischia, Grana Padano AOP râpé, oignons rouge pickles de Tropea de Denny Imbroisi.

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