À première vue, rien ne semblait rapprocher Absolut et Tabasco. D’un côté, une vodka née sous les ciels nordiques de Suède. De l’autre, une sauce pimentée forgée sous le soleil humide de la Louisiane. Et pourtant, le mariage des deux fonctionne à merveille…
ABSOLUT TABASCO : L’ALLIANCE INATTENDUE ?
À y regarder de plus près, ces deux marques partagent un même terrain de jeu, celui de la mixologie. Lorsqu’il est question de cocktails à base de vodka et de Tabasco, difficile de passer à côté du Bloody Mary. Ce grand classique mêle la rondeur du premier aux notes épicées du second. Autour de lui gravitent de nombreuses déclinaisons, du Bloody Caesar au Bloody Bull, en passant par le plus confidentiel Bloody Mary Vert. Autant de variations qui témoignent de la rencontre improbable mais particulièrement réussie entre une vodka et une sauce pimentée. Le Tabasco, quant à lui, apparaît aussi souvent dans des cocktails salés ou très épicés, généralement avec de la vodka, de la tequila, du jus de tomate, du jus de citron ou de la sauce Worcestershire. Certaines recettes plus inattendues existent aussi, comme le Prairie Fire ou encore le Fire Bomb où le Tabasco rouge sert à donner du relief et du piquant à l’ensemble. Bref, l’alliance de Absolut et Tabasco sonnait comme une évidence. « Quand je parle d’Absolut Tabasco, j’aime beaucoup parler d’une innovation de rupture qui propose une proposition tout à fait innovatrice à deux niveaux, à la fois d’un point de vue organoleptique, mais aussi d’un point de vue de l’association entre les deux marques, Absolut et Tabasco » explique une source interne de Pernod Ricard.
DEUX MARQUES, UNE HISTOIRE PLUS QUE CENTENAIRE
Alors, quel lien existe-t-il entre ces deux icônes nées au 19e siècle ? Aujourd’hui intégrée au groupe Pernod Ricard, Absolut trouve ses origines en 1879. À Åhus, petite ville du sud de la Suède, la marque élabore sa vodka à partir de blé d’hiver et d’une eau locale particulièrement pure. Au fil des années, elle a su imposer bien plus qu’un spiritueux, révélant une véritable identité, reconnaissable à sa bouteille iconique, à la fois épurée et reconnaissable entre toutes, et à des campagnes publicitaires devenues des références du marketing contemporain. Forte de cette reconnaissance, Absolut s’est hissée sur le podium mondial des vodkas, occupant une solide deuxième place derrière Smirnoff. À plusieurs milliers de kilomètres de là, sur Avery Island, en Louisiane, une autre histoire s’écrit depuis 1868. Celle de Tabasco. Derrière cette petite bouteille rouge se cache une recette d’une étonnante simplicité. Trois ingrédients seulement, des piments tabasco, du sel et du vinaigre, offrent à ce condiment un équilibre entre puissance, vivacité et acidité et en font un incontournable dans les cuisines du monde entier.
LE PIMENT, PHÉNOMÈNE DE FOND OU TENDANCE ÉPHÉMÈRE ?
Utilisée historiquement comme aide à la conservation et comme ingrédient participant à des techniques de conservation plus larges (séchage, fumage, salaison ou fermentation), cette épice s’impose aujourd’hui de plus en plus dans l’alimentation quotidienne. « Le piment, c’est un ingrédient qu’on connaît tous bien évidemment, mais c’est aussi un ingrédient qui se redécouvre constamment. Il est universel, très ancré culturellement, mais surtout, il est profondément sensoriel, il déclenche des réactions, il déclenche des émotions, et c’est en ça en fait qu’il permet une réinvention perpétuelle de cette palette d’expressions » détaille Sonia Lounez, autrice de J’aime le piment, Keribus Éditions. Symbole de modernité culinaire, mais aussi de diversification des saveurs, elle ne se limite plus aux cuisines du monde ou aux sauces piquantes, registre dans lesquels elle a toujours été cantonnée. « Derrière ce petit fruit, il y a un immense phénomène », rappelle-t-elle. Et une histoire millénaire. « Les premières traces remontent à des milliers d’années avant Jésus-Christ, plutôt en Amérique centrale et en Amérique du Sud, avant que le piment ne se diffuse dans le monde entier et ne s’adapte aux usages. Séché, fermenté, en sauce, à boire et à manger, il a créé un terrain d’expression infini ». Désormais, le piment entre dans l’élaboration de produits et de recettes très variées telles que boissons, sauces, condiments, plats préparés, desserts.
Mais pourquoi cette engouement ? Les gastronomes d’aujourd’hui sont à la recherche de sensations fortes et de nouvelles expériences, comme le démontre le succès du festival Taste of Paris, où l’expérience et la découverte sont les maîtres mots. Avec la mondialisation, les cuisines mexicaine, asiatique, coréenne ou latino-américaine ont gagné en visibilité et en influence. Les réseaux sociaux ont également joué leur rôle prescripteurs en rendant cet ingrédient tendance, audacieux et identitaire. Mais cette tendance correspond-elle a un phénomène durable ou une mode passagère, un marqueur de tendance voué à disparaître, être remplacé par une autre tendance ? Le piment répond à des évolutions profondes des goûts et des usages. « Il a toujours été présent, la seule chose qui change, c’est la place qu’on lui accorde aujourd’hui ». Quoi de plus normal que les marques s’en emparent et renouvellent ainsi leurs offres. Quoi qu’il en soit, le piment raconte notre nouvelle façon de manger avec une alimentation plus émotionnelle, plus expérientielle où le plaisir de l’intensité prend parfois le pas sur la recherche du goût.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.











