Le 2 avril dernier, le musée Saint-Raymond a inauguré la saison culturelle toulousaine avec une double actualité : sa réouverture après 5 mois de travaux et une nouvelle exposition : Gaulois mais Romains !
GAULOIS MAIS ROMAINS ! : VENI, VIDI, VICI
Par Toutatis, un sanglier en ouverture d’exposition Gaulois mais Romains !! Toulouse serait-elle, elle-aussi un village d’irréductibles ? « Entre autres », vous répondrait Thierry Dechezleprêtre, commissaire scientifique de l’exposition. Pourquoi ? Parce qu’en dignes descendants de ces Gaulois transformés en super résistants par Goscinny et Uderzo, les archéologues français font aussi exception. Ils sont en effet les seuls à vouloir parler d’époque gallo-romaine au contraire de leurs confrères européens qui parlent simplement d’époque romaine… Comme s’il y avait eu dans l’Hexagone une rébellion particulière contre l’envahisseur, une assimilation de façade cachant une fidélité inébranlable à « la Gaule », ben non ! Il était donc grand temps de publier un démenti.
Pour le moins, ce caractère réfractaire typiquement français pour ne pas dire « de cochon », valait bien un sanglier en guise d’introduction !
Le concept de « Gaule » fut une pure invention de César, l’empereur voulant que sa conquête soit perçue comme celle d’un territoire homogène alors que ses campagnes militaires furent bel et bien relatées dans la « Guerre des Gaules ». Hé oui, la Gaule était alors une mosaïque de peuples celtes, belges et aquitains qui s’affrontaient les uns les autres. Quel mytho ce Jules !
La conquête romaine eut lieu de 58 à 52 av. J.-C. Et les historiens estiment les pertes à 1 million de personnes sur les 10 à 15 millions d’habitants qui peuplaient jadis « le pays ». Autant dire que l’humeur n’était plus à banqueter autour de grands feux, à faire rôtir les sangliers !
ADOPTEUNDIEU.COM
Si nous nous permettons ces traits d’humour, c’est parce que Saint-Raymond en a fait sa marque de fabrique. Qui a dit que l’archéologie romaine était ennuyeuse ? Après avoir visité le musée, plus personne ! Vos enfants s’y amuseront, notamment avec ce Saucix chez les Romains pour les 3-6 ans ou encore ce Game of Rome pour les 9 ans et +, inspiré des jeux de rôle. Les adultes, eux, pourront traquer des expressions et des jeux de mots savoureux sur les cartels d’œuvres fabuleuses. À vous de trouver notamment le lauréat du #msrfinestbumcontest, allusion au fameux concours brésilien de Miss Bumbum qui élit le plus beau fessier féminin de l’année ! Impossible en tous les cas de… rester de marbre, en lisant ces accroches immersives toutes plus drôles les unes que les autres !
RENDRE À CÉSAR CE QUI APPARTIENT À CÉSAR
Toujours est-il que Gaulois mais Romains ! expose une sélection des plus belles pièces du musée d’Archéologie Nationale. Mais à qui devons-nous toutes ces trouvailles ? À un autre empereur, du nom de Napoléon III qui régna au XIXe s. Fasciné par le génie militaire de son homologue romain, il rédigea une Histoire de Jules César et créa en 1858, la commission de topographie des Gaules. Il envoya même une équipe de chercheurs à Alésia, qui mit au jour les fossés qui entouraient l’oppidum où Vercingétorix et ses compères furent assiégés. Les fouilles se poursuivirent à Gergovie où furent retrouvées des traces de catapultes ou ballistae romanae. Illustrées ici par une maquette, ces machines de guerre propulsaient en moyenne des projectiles à 300 mètres de distance. Deux autres curiosités attirent l’attention. Une sandale en cuir d’abord, un « 44 fillette » au moins ! Portées par les soldats, ces chaussures ou caligae étaient faites d’une semelle robuste et cloutée, lacées avec des lanières jusqu’à la cheville. Quant à ce superbe canthare en argent doré, il fut attribué hâtivement à Jules César. C’était trop beau pour être vrai ! La coupe provenait en réalité d’un temple sicilien. Pour la petite histoire, il aurait été apporté aussitôt sorti de terre à Napoléon III, alors en cure thermale à Biarritz. On prétend qu’il l’aurait lavé, fébrile, de ses propres mains. Séquence émotion !
DES PEPITES DANS TOUS LES DOLMENS
Parmi les magnifiques objets figurant dans les vitrines de l’exposition Gaulois mais Romains !, la rédaction a fait son marché ! Ce siège curule miniature, cette bague ajourée portraitisant les fils de Septime Sévère, ces vases à parfums colorés, cette surprenante visière à visage de cavalier, ces torques typiquement gaulois, cette délicieuse terre cuite montrant un couple enlacé dans leur lit, cette statuette du dieu Cernunnos assis en tailleur, la tête de la grâcieuse déesse Sirona laissant apparaître une subtile polychromie et cet ensemble sculptural incroyable avec d’un côté trois personnages et de l’autre un dieu énigmatique et une déesse de l’abondance, ont littéralement enchanté notre visite. Pas besoin de potion magique pour susciter l’engouement, y compris pour les novices que nous sommes ! De plus, on apprend des tas de choses, grâce à César d’ailleurs. Sans lui, nous ignorerions que Mercure était le dieu le plus vénéré en Gaule et que les druides transmettaient leur savoir uniquement de façon orale, d’où les vingt années nécessaires pour devenir un Panoramix à la hauteur de la tâche !
Alea jacta est. Quand Laure Barthet, conservatrice du musée, nous a confié que seuls 3% des collections était exposés, nous avons réalisé tout le potentiel de Saint-Raymond et les opportunités de voir fleurir de futures expositions tout aussi passionnantes… Qui plus est avec un fond médiéval qui devrait bientôt sortir des réserves. Nul doute de Dame Barthet, avec son enthousiasme contagieux, saura réanimer cet autre passé que nous avons hâte de découvrir !
Infos pratiques : Gaulois mais Romains ! Chefs-d’oeuvre du musée d’Archéologie nationale, jusqu’au 3 janvier 2027. Musée Saint-Raymond, musée d’Archéologie de Toulouse, Place Saint-Sernin.NDe 10h à 18h, du mercredi au dimanche.




