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Le commerce équitable serait-il l’avenir de l’homme, ou tout du moins l’avenir des plus défavorisés ? L’avenir de l’Homme et de nos enfants. C’est en ces termes que l’on devrait se poser la question. Car comment ces populations pourront-elles survivrent dans ces milieux parfois hostiles, si les plus riches ne leur viennent pas en aide ? Le commerce doit-il rester l’apanage de certains pays et comment accepter l’appauvrissement des plus démunis par la baisse, chaque jour, du cours des marchés internationaux?

UNE IDÉE DE PARTAGE UNIVERSEL

Même si officiellement c’est le cri d’alarme poussé en 1986 par une communauté dans le Chiapas au Mexique « recevoir un prix plus juste pour notre café », la création d’un commerce équitable ne date pourtant pas d’hier. Dès 1950, l’association britannique OXFAM organise la vente de produits réalisés par les artisans du Tiers-monde. D’abord appelé « commerce alternatif », il est mis en place dans les années 60 par des ONG (Organisation Non Gouvernementale) en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. Puis en 1964, la première échoppe vendant des marchandises provenant des pays du Sud voit le jour. L’occasion aussi pour informer le public du mode de vie et de la réalité humaine des paysans de ces pays producteurs. En 1974 L’Union des comités de jumelage-coopération, de l’Abbé Pierre, ouvre sa boutique Artisans du Monde. En France, le commerce équitable connaît un véritable démarrage en 1992, avec la naissance de l’association Max Havelaar France. L’année suivante les premiers produits portant ce label sont commercialisés en Bretagne. En 1997, les trois systèmes de labellisation, présents dans 19 pays, fusionnent sous le nom de FLO (Fairtrade Labelling Organisation), organisme international de certification, afin d’éviter la confusion des consommateurs. En France, ces derniers alors qu’ils étaient 9% en 2000 à connaître le commerce équitable sont aujourd’hui plus de 56%.

LA PAUVRETÉ GRANDISSANTE

Le commerce équitable s’appuie sur deux acteurs économiques en amont et en aval de la filière. D’une part les producteurs du Sud et d’autre part des consommateurs responsabilisés dans leur acte d’achats. Car sans prise de conscience pas de dynamique de développement pour les petits paysans. Il faut un consommateur conscient de l’enjeu économique et surtout social, conscient que le surplus payé à la caisse sert la cause des plus pauvres et que le commerce équitable ce n’est pas faire la charité mais payer un prix juste pour un travail fourni. À l’heure actuelle, 56 % de la population mondiale vit dans la pauvreté. 1,2 milliard de personnes vivent avec moins de 1,05 euros par jour. 2,8 milliards d’autres vivent avec 2,1 euros par jour. 20% des individus les plus pauvres se partagent 1,1% du revenu mondial. Bien évidemment les femmes sont les plus touchées par ce marasme. Elles représentent 70% de ces plus pauvres. On compte aussi 250 millions d’enfants contraints de travailler. Et paradoxe évident mais injuste, 20% des plus riches de la population du globe se partagent 86% du PIB mondial !

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LA TANZANIE, SYMBOLE DE L’INÉGALITÉ NORD-SUD

Le commerce, au départ un moyen de communication et d’échanges entre les peuples, est devenu un enjeu de pouvoir dans un monde totalement tourné vers les profits et les bénéfices. Il est aujourd’hui utilisé comme une arme économique. Une arme de destruction massive qui bien souvent banalise la relation de dominant (représenté par les pays du Nord) et de dominé (les pays du sud). Exemple édifiant de cette relation au désavantage des plus pauvres, celui de la Tanzanie. Ce pays est pourvu de ressources minières incroyables. Diamant –c’est le 16e producteur mondial- or, pierres précieuses. De quoi faire rêver ! Pourtant, sans rentrer dans le détail économique et politique, la Tanzanie est aussi l’un des pays les plus pauvres du globe. Sa dette publique est l’une des plus lourdes de la planète. De surcroît, une croissance trop faible empêche tout « décollage économique » et 50% de sa population vit sous le seuil de la pauvreté.

UNE DÉFINITION CONSTITUTIONALISÉE

Le commerce équitable se veut le sauveur de l’humanité mais l’est-il réellement ? Est-ce la solution pour un monde où les bénéfices du commerce international seront partagés plus équitablement ? Selon un consensus entre les principaux intervenants « le commerce équitable est un partenariat basé sur le dialogue, la transparence et le respect dans le but de parvenir à une grande équité dans le commerce international. Il contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions d’échanges et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs salariés, en particulier ceux du Sud. Les organisations du commerce équitable (soutenues par les consommateurs) s’engagent activement à appuyer les producteurs, à sensibiliser l’opinion publique et à mener campagne pour des changement dans les règles du commerce international conventionnel ». le commerce équitable s’appuie également sur un article de la déclaration universelle (sic !) des droits de l’homme qui stipule entre-autre « quiconque travaille a droit à une rémunération équitable lui assurant, ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine ». Là, le bât blesse ! Car vivre en dessous du seuil de la pauvreté empêche bien souvent de garder sa dignité humaine. Et la lutte de ces producteurs du Sud est aussi un enjeu social. À ce propos Bachir Diop, directeur Général de la société de développement et des fibres textiles (Sodéfitex) déclarait en 2002 « Nous ne sommes pas des mendiants, nos paysans travaillent dur (…). On veut les renvoyer à des programmes de lutte contre la pauvreté qui ne feront qu’accroître leur dépendance ! » Les producteurs réclament donc un prix équitable qui tienne compte du prix de production et du coût de la vie.

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DES GARANTIES DURABLES

Les pays du Nord doivent s’engager à assurer une plus juste rémunération du travail des producteurs et des artisans les plus favorisés mais aussi garantir le respect des droits fondamentaux. Le Nord doit considérer le Sud à sa juste valeur, c’est-à-dire entretenir avec lui de vraies relations de commerce international, œuvrer pour que ces relations soient durables afin de toujours pouvoir proposer des produits de qualité aux consommateurs. Une qualité obtenue grâce aux contrôles réguliers du processus de production et de distribution, mais aussi des conditions de travail dans les coopératives, associations, ateliers familiaux ou micro-entreprises, entreprises commerciales à but social et ONG. Le commerce équitable se veut aussi protecteur de l’environnement. C’est pourquoi bien souvent, une terre est utilisée pour produire une matière première qui soit en totale adéquation environnementale. Les producteurs mettent en place des programmes comme la réduction des pesticides, la conservation des eaux, l’amélioration de la fertilité, l’achat de semences non OGM.

PARTICIPER À UN EFFORT COLLECTIF INDISPENSABLE

Manque d’infrastructure, manque d’eau, manque de soins, manque d’équipement… Les problèmes de ces pays sont nombreux. Acheter commerce équitable, ce n’est pas faire la charité, c’est participer à la mise en place de projets divers. Accès à l’eau par la construction de forages, construction d’école, alphabétisation des enfants et des adultes, formation professionnelle… Ce qui pour nous sont des acquis sont pour eux des buts à atteindre.
 Alors effet de mode ou réel changement pour l’avenir ? « Né » à une époque où le monde n’était que « peace and love », le commerce équitable connaît aujourd’hui une envolée alors que nous traversons une période « revival » pleine de nostalgie de ces années « merveilleuses ». Une ère où le sida n’existait pas et où l’on se sentait indispensable pour aider son prochain. Avenir incertain mais Présent que personne ne peut nier. Et certainement pas les multinationales pour qui si aujourd’hui le commerce équitable ne représente que 880 millions d’euros (chiffre de 2005), peut-être sera-t-il demain multiplié par 2, 10 ou 100 ? N’y a-t-il donc aucun risque de récupération par les multinationales et jouent-t-elles réellement le jeu de l’équité ? Ne sont-elles pas à cheval entre commerce équitable, qui tente de tirer les cours mondiaux vers le haut, et commerce international, dominé par une surproduction alimentée par les subventions aux agriculteurs des pays développés. Des multinationales qui proposent aujourd’hui des produits labellisés « commerce équitable » à côté de produits fabriqués dans des conditions inhumaines. Acheter équitable doit donc traverser la mode et devenir un réel état d’esprit.

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QU’EST-CE QUE MAX HAVELAAR ?


Qui est Max Havelaar devrait-on dire ? un personnage et le titre d’un roman écrit en 1860 par le Néerlandais Edouard Douwes Dekker. Max est un héros dénonçant l’oppression des paysans d’Indonésie par un système commercial fondé sur l’exploitation humaine. Puis en 1988 la création de l’association baptisée Max Havelaar fait suite au cri poussé en 1986 par des producteurs mexicains et entendu par des Néerlandais. Le premier produit labellisé Max Havelaar est donc le café. Suivront à intervalles régulières le thé, le chocolat, la banane, le jus d’orange, le miel, le sucre, le riz et la mangue. Le dernier entrant étant le coton – 9 marques sont à ce jour engagées dans le commerce équitable du coton. Il ne s’agit là qu’une infime partie du commerce équitable qui représente aujourd’hui un volume de vente estimé à 880 millions d’euros tous labels confondus. www.maxhavelaarfrance.org et bien-sûr www.commercequitable.org.

LE DÉFI D’ÉTHIQUABLE


Première Société Coopérative de Production française, Éthiquable est, depuis 5 ans, incontournable dans le commerce équitable. Éthiquable identifie des organisations de producteurs, dont les produits pourraient être vendu sur le marché européen, puis développe avec eux des partenariats stables. Packagings attrayants, large gamme de produits alimentaires, présence dans plus de 3000 points de vente de proximité, produits originaux et exotiques font de cette marque un pari pour l’avenir. À suivre donc ! www.ethiquable.com

LES AUTRES ORGANISMES

• Fédération Artisans du Monde, 53 bd de Strasbourg, 75010 Paris. Tél. : 01 56 03 93 50. www.artisansdumonde.org
• Association de solidarité avec les peuples d’Amerique latine (ASPAL), 12 rue Grande Rivière, La Petite Courade, 16400 La Couronne. Tél. : 05 45 61 06 06.
• Croq’Nature, BP12, 65400 Argelès-Gazost. Tél. : 05 62 97 01 00. www.croqnature.com
• Commercequitable.com, 15 rue Lafayette, 94210 La Varenne St Hilaire. Tél. : 01 55 97 04 92. www.commercequitable.com
• Ingénieurs Sans Frontières, 14 passage Dubail, 75010 Paris. Tél. : 01 53 35 05 40. www.isf-France.org

À LIRE SUR LE COMMERCE ÉQUITABLE

• Max Havelaar, Multatuli, Actes sud, 2003.
• Le commerce équitable, Katell Pouliquen, Editions Marabout, 2003
• Le guide du consommateur responsable, Milène Leroy, Marabout, 2001
• Le guide éthique du consommateur, Observatoire de l’éthique, Albin Michel, 2001
• La consommation citoyenne, hors-série pratique n°10, Alternatives Economiques 2003
• Pour un commerce équitable, Ritimo-Solagral, Editions Charles Léopold Mayer, 1998
• L’aventure du commerce équitable, une alternative à la mondialisation, Franz Van der Hoff et Nico Roozen, Editions JC Lattès, avril 2002
• Les citoyens peuvent-ils changer l’économie ?, Collectif « Engagement citoyen dans l’économie », Editions Charles Léopold Mayer, 2003
• Commerce équitable et café : rébellion ou nécessaire évolution, Editions l’Harmattan, 2003
• Le pari du commerce équitable, Tristan Lecomte, Editions d’Organisation, 2003
• Guide du shopping solidaire, Hélène Binet – Emmanuelle Vibert, éditions Autrement, 12€

Copyright des photos : Max Havelaar