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Papou de Nouvelle Guinée. Copyright FIPAU.

Hier nos pères et frères, aujourd’hui notre avenir. Car sans eux, notre mère, la Terre se meurt. Sans leurs connaissances, c’est l’humanit’ toute entière qui risque de disparaître un jour… Pas si lointain, si nous n’y prenons garde !

Ils sont notre mémoire. Ils nous évoquent une époque, un passé lointain où l’homme était en parfaite harmonie avec la nature. Ils ont été laminées, exterminés par le temps, la maladie, le modernisme, qui a provoqué leur chute, mais surtout par l’homme lui-même. Leurs cultures ont été dénigrées, attaquées, oppressées, supprimées, leurs terres annexées, confisquées. Pourtant une grande partie du savoir actuel est un héritage de ces peuples. « Nous devons trouver la force de nous faire une place dans ce monde. Sinon, il n’y aura bientôt plus aucun de nous ici. Nous aurons tous disparu. De même que nos souvenirs. Seules nos peintures demeureront pour nous rappeler à votre mémoire. » C’est en ces termes, prononcé par Mahongo un ancien nomade d’Afrique Australe, que le combat des peuples autochtones pourrait se synthétiser.

EN D’AUTRES TEMPS, D’AUTRES PEUPLES…

L’une des civilisations les plus connues qui ait disparu de son propre fait est certainement la civilisation Maya. Une déforestation massive de son environnement causa une lente autodestruction qui précéda son déclin et sa perte. Aujourd’hui les derniers représentants des Mayas survivent dans le Yucatan et le Chiapas (un des états les plus pauvres du Mexique), le Guatemala, le Belize, le Salvador et le Honduras. Mais pour combien de temps encore ? Pris dans la lutte entre les troupes du gouvernement et les mouvements de guérillas, leur salut ne tient qu’à un fil. Ils sont aujourd’hui réduits la plupart du temps à la mendicité et à l’extrême pauvreté. Est-ce là le destin incontournable de toute grande civilisation qui meurt ? La notre finira-t-elle comme cela ?
La grande civilisation Maya n’est pas la seule à s’être effondrée de la sorte. L’empire sumérien du croissant fertile (Syrie, Irak, Liban) subit le même sort en 4000 avant JC suite à un déboisement abusif qui provoqua par la suite une sécheresse et une désertification de son environnement. Pourtant les sumériens avaient inventé l’agriculture, l’écriture, les mathématiques et la métallurgie. Les catastrophes naturelles mais surtout les guerres provoquèrent la disparition partielle ou totale de nombreuses civilisations comme la civilisation grecque mycénienne, les Indiens Anasazis (Sud-Ouest américain), l’empire khmer d’Angkor Vat et d’Angkor Thom. L’anéantissement d’une civilisation mais surtout des individus qui la composent semble avoir plusieurs raisons, internes mais bien souvent externes. La chute des civilisations provoque indéniablement et fatalement celle des ethnies qui la constituent. Ces ethnies que l’on appelle aujourd’hui autochtones…

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Peuple Dogon, Mali. Copyright FIPAU.

AUTOCHTONES, INDIGÈNES, ABORIGÈNES, PREMIERS PEUPLES ?

Quelles différences existent-il entre tous ces termes que l’on est habitué à entendre par la voix des médias et qui par la même occasion nous informe de la plus grande infortune humaine, celle qui touche à la disparition d’un peuple et fini toujours par provoquer le malheur des autres, notre malheur. Un indigène est une personne originaire du pays où il vit, et ceci depuis de nombreuses générations. Les termes autochtones et amérindiens sont plutôt employés en Amérique du Nord et du Sud. Mais il arrive parfois que lorsque l’on parle des amérindiens, on emploie aussi le terme de « premiers peuples » ou « première nation », mettant ainsi en évidence l’antériorité de ces peuples sur le territoire américain du nord et du sud ! On suppose d’ailleurs que ces amérindiens seraient venus de Sibérie, il y a plus de 40000 ans, auraient traversé le détroit de Béring, alors gelé, et auraient ensuite peuplé le continent américain. Lorsque l’on parle des amérindiens, on les différencie avec des termes propres à leur implantation géographique. Les Nord Amérindiens sont présents aux USA et au Canada. On suppose qu’il y aurait entre 1000 et 2000 langues différentes ce qui laisse supposer de nombreuses ethnies dont il ne reste que peu d’individus. Les Méso-Amérindiens (les descendants des olmèques, mayas et aztèques) sont implantés dans toute l’Amérique centrale. Les Amérindiens des Antilles (les Ciboney, les Arawak ou actuels Tainos, les Caraïbes), et les Sud-Amérindiens (Les Chibchas aux confins de l’Amérique centrale et du Sud, les nations Quechuas, la nation Aymara, les Mapuches, les Peuples d’Amazonie, les Peuples Patagons) sont quant à eux installés au Sud du continent. Les Aborigènes représentent ceux dont les ancêtres sont les premiers habitants connus de leur terre natale. On connaît ceux d’Australie (2% de la population australienne) mais il en existe aussi en Inde (8% de la population indienne) et au Sri-Lanka. Ces trois groupes ethniques ont un point commun qui a peut-être causé leur perte : celui d’avoir été un peuple de chasseurs-cueilleurs… qui n’a pas su survivre, malheureusement, à l’ère industrielle.

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Copyright FIPAU

UNE MOSAÏQUE HUMAINE

Dresser une liste complète des peuples autochtones serait très exhaustif. C’est pourquoi on peut dire qu’ils représentent actuellement entre 300 et 400 millions de personnes dans plus de 70 pays mais aussi 5000, voire plus, langues et cultures. Aujourd’hui un grand élan de solidarité autour de ces peuples a pour but de préserver ces cultures qui disparaissent chaque jour. Et la préservation passe bien évidemment par la défense. Une défense qui s’organise et se sert des outils existant dans chaque état comme la justice et le système législatif pour qu’enfin les minorités ethniques puissent continuer à transmettre leur savoir. L’Organisation des Nations Unies (ONU) par le biais de son agence spécialisée le Haut Commissariat des Nations unies aux Droits de l’Homme, dont le but est de promouvoir, de contrôler et de renseigner sur le respect des droits de l’homme dans le monde a par exemple crée un programme de bourses en faveur des peuples autochtones afin d’aider ces peuples à obtenir une expérience dans le système des Nations unies. Ce programme dispensé en anglais pour l’instant ne s’adresse malheureusement qu’à des autochtones anglophones même si des efforts ont été fait pour que ce programme puisse être hispanophone. Mais la sauvegarde et la défense de ces peuples reste tout de même une grande préoccupation de l’ONU et de son secrétaire général Kofi Annan pour lequel « pendant trop longtemps, les espoirs et les aspirations autochtones n’ont pas été pris en compte (…). Pour répondre à ces graves menaces, il faut s’y confronter sans plus tarder. » Espérons que son successeur, le mandat de Kofi Annan s’arrête le 31 décembre 2006, fera sienne cette lutte. Une lutte commencée il y a déjà bien longtemps mais vraiment officialisée qu’en 1993, date à laquelle la Conférence mondiale sur les droits de l’homme avait recommandé à l’Assemblée Générale des Nations unies de proclamer une décennie internationale sur les populations autochtones qui débuterait en 1994. Décennie qui débuta finalement en 1995 et s’acheva en 2004. La lutte des peuples autochtones passe aussi par leur reconnaissance entre autre culturelle au sein de l’État du pays dont ils sont issus. Sans cette reconnaissance, le combat semble perdu d’avance. Articles de loi, traités et autres sont défendus et promulgués pour faire avancer cette reconnaissance. Et si de nombreuses nations acceptent enfin que les peuples autochtones aient des droits et surtout que l’on reconnaisse leur identité communautaire, d’autres outrepassent régulièrement ces droits.

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Indienne du Chiapas, Mexique. Copyright Christophe Roux.

UN CAS ÉDIFIANT : LES AMÉRINDIENS OU INDIENS D’AMÉRIQUE

On estime aujourd’hui qu’il y a 47 millions d’Amérindiens dont 44 millions en Amérique Centrale et du Sud. Les Amérindiens représentent à eux seuls toute l’histoire de la répression des peuples autochtones. Leur cas sans pour autant minimiser ceux des autres continents est à lui seul un étendard de la cause autochtone. Majoritaire uniquement en Bolivie, où pour la première fois de l’histoire le président, Evo Morales, est un indigène originaire de la région d’Aymara, ils sont dans le reste de l’Amérique les grands exclus de l’histoire. Très récemment encore on leur refusait un accès à l’éducation, aux opportunités économiques et surtout à toute participation politique. Leurs cas diffèrent d’un pays à l’autre. Par exemple les Indiens « libres » d’Amazonie du fait de leur isolement et leur état primitif ou semi-primitif (certains vivent encore de cueillette et de chasse) ne jouent aucun rôle décisionnaire ou politique. D’autres sont exploités dans de grandes exploitations agricoles ou bien souvent dans les mines. En ville, les Indiens sont ghéttoïsés et asservis à des maîtres pour lesquels leur vie importe peu. Même si certains arrivent à étudier, ils subissent toujours des discriminations à l’emploi leur empêchant une ascension sociale et financière. Dans encore de nombreux pays, les autochtones sont victimes d’héritages idéologiques, comme le racisme, qui permet à certain de leur détracteur de justifier les inégalités encore existantes et importantes. Juger un ennemi inapte ou atteint de quelques tares permet à ces mêmes détracteurs de garder le monopole social et démocratique. Aujourd’hui plus que jamais, le salut des peuples autochtones passe par leur intégration.

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Copyright FIPAU

LE MÉTISSAGE, AVENIR DE L’HUMANITÉ ?

Le métissage sert la cause des autochtones. En effet, non seulement les métissés, qui ont du sang indigène à dose variable, revendiquent fortement la cause indigène mais bien souvent ils se font porte-drapeau de façon plus vigoureuse et déterminée, parfois virulente. Ils ont permis par ce métissage l’augmentation du poids social des autochtones au sein de leur pays. À tel point qu’aujourd’hui, enfin, les autochtones reprennent peu à peu les droits dont ils avaient été privés.
Aujourd’hui les peuples autochtones représentent 4 % de la population mondiale. Une goutte d’eau dans un océan d’ethnies. Certains sont majoritaires dans leur pays comme au Groenland (90 %), en Bolivie ou au Guatemala (60 %). D’autres n’ont pas eu cette chance et survivent dans des nations qui les ignorent, comme en Suède ou au Brésil où ils ne représentent que 0,1 % de la population, ou encore au Etats-Unis où leur taux est de 0,5 %. Alors quel est l’avenir de ces peuples en sursis ? D’autant plus que l’on estime qu’il y a encore de nombreux peuples qui n’ont pas été contactés et qui disparaîtront peut-être un jour sans que nous ayons pu empêcher cette disparition, ni même que nous ayons été informés de leur existence. Aujourd’hui plus que jamais la recherche identitaire est la raison de vivre de toute une génération qui cherche à travers cette exploration du passé écrire son Histoire, la faire reconnaître, et surtout se construire un avenir radieux loin de l’oppression ou de l’esclavage.

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POUR QUE SURVIVENT LES PEUPLES

Fondée en 1969 suite à un article de Norman Lewis publié dans le Sunday Times et dénonçant le génocide en Amazonie brésilienne, Survival est une organisation mondiale soutenant les peuples indigènes grâce à des campagnes d’opinion. Présente dans 82 pays, Survival intervient dans trois domaines complémentaires : l’éducation, les campagnes et la recherche de fonds. Le rôle éducatif qui s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux adultes, a pour but d’expliquer aux peuples des pays du Nord et aux Occidentaux, le mode de vie des peuples indigènes et de promouvoir le respect des cultures en voie de disparition. Informer pour essayer de changer les mentalités. Les campagnes quant à elles servent plutôt de tribune aux peuples autochtones qui peuvent ainsi s’adresser directement aux multinationales. Survival milite grâce à des manifestations, des pressions directes sur les détenteurs de pouvoir, des campagnes de publicité ou de protestations… Quant à ses ressources financières, Survival met un point d’honneur à ne jamais accepter des financements d’origine gouvernementale. Une organisation à suivre de très près. www.survival-international.org

L’ICRA, UN ALLIÉ PRIVILÉGIÉ DE LA CAUSE AUTOCHTONES

L’ICRA International est un organisme qui soutient elle aussi la cause autochtone. Mouvement apolitique et non confessionnel, l’ICRA s’articule autour de 3 axes. Le premier étant la défense des droits des Peuples Autochtones, qui passe par la diffusion d’informations sur cette cause mais aussi de missions diverses et variées, de campagnes de pétitions, de conférence de presse. Bref, informer pour mieux sauvegarder. Le deuxième axe concerne les programmes de terrain avec la mise en place d’aide à l’autosuffisance alimentaire (reconstitution d’un cheptel chez les Touaregs du Mali), éducative (sauvegarde et transmission du patrimoine culturel à Ndébélé en Afrique du Sud par la création d’une classe d’école, compilation d’un dictionnaire de la langue Tboli avec traduction en anglais sur l’île de Mindanao aux Philippines), sanitaire et médicale (construction de latrines et de puits à Sedang au Vietnam). Le dernier domaine d’action de l’ICRA concerne la sauvegarde des cultures par la connaissance de ces cultures, le recensement, la promotion et la sauvegarde des mémoires. www.icrainternational.org

TOUS UNIS EN FRANCE POUR UNE MÊME CAUSE

Du 19 au 25 juin 2006 et pour la première fois, s’ouvrait à Pau, inauguré par Rigoberta Menchu (la plus célèbre maya quiché qui reçu le prix Nobel de la paix en 1992), le Forum International des Peuples autochtones Unis, un forum utile mais pourtant aujourd’hui disparu dans les méandres judiciaires. Lors de cette édition, qui réunissait plus de 30 délégations de peuples indigènes, une vingtaine de représentants autochtones avaient rédigé une convention, longuement réfléchie et mûrie durant les mois qui ont précédé le forum. Lors du FIPAU, les autochtones, par des tables rondes et des conférences, avaient réfléchi à l’état de la planète, mettant en exergue que la destruction lente de la planète ne concerne pas uniquement les peuples autochtones. Pour eux c’est une question vitale qui doit être prise en compte par tous les peuples qu’ils soient d’origines autochtones ou pas. Dans cette convention, il été mis en évidence que les peuples autochtones ne sont pas réfractaires à la modernité mais qu’ils cherchent à sauvegarder leurs coutumes, leurs traditions, leurs histoires, tout en étant bien ancrés dans le troisième millénaire. Par la convention, un site Internet « Indigenous4Earth » avait été créé sur lequel des messages d’alertes ou d’espoirs étaient consultables par tous. Ce site n’avait pas pour unique but de montrer du doigt et dénoncer, mais avait aussi pour ambition de souligner les bonnes actions environnementales des compagnies transnationales, par un code de bonne conduite ou de mauvaise conduite reconnus au niveau international par trois couleurs autochtones : vert, orange et rouge. Ces mêmes couleurs étaient attribuées au degré de menaces de disparitions des peuples autochtones.
Listes des peuples qui furent présents au FIPAU – Amériques : Les Haida, Les Cri, Les Dene, Les Innu, Les Inuit, Les Sioux Oglala, Les Yupik, Les Mazatèques, Les Otomi, Les Quiché, Les Kichwa, Les Kogi, Les Muinane, Les Ticuna, Les Wayúu, Les Xané, Les Mapuche. Afrique : Les Touaregs, Les Berbères. Asie : Les Tibétains, Les Akha. Europe : Les Basques, Les Béarnais, Les Occitans, Les Celtes, Les Kalmouks, Les Tchouktches, Les Gomeros. Océanie : Les Ni-Vanuatu, Les Aborigènes, Les Papous, Les Rapa Nui.